samedi 14 mai 2016

1910-1914 : du mariage de Magdeleine à la mobilisation générale

Maurice ETIENNE

Sous-Lieutenant au 367ème Régiment d'Infanterie


Chapitre V

1910-1914 : du mariage de Magdeleine à la mobilisation générale


Année 1910


L'hiver débuta mal pour ma sœur Thérèse. Elle fut même à deux doigts de la mort et dut être administrée, mais elle s'en tira cette fois encore, grâce à sa robuste constitution originelle.

L'hiver fut marqué, en janvier, par un des plus violents cataclysmes dont l'histoire moderne fasse mention. Les pluies ininterrompues de l'automne avaient tellement saturé le sol que leur continuation en janvier amena des crues énormes de la Seine et de ses affluents. Les eaux débordées envahirent Paris et les environs avec une violence inouïe. Au Palais de la Légion d'Honneur, situé sur les bords mêmes de la Seine et en l'un des points les plus bas de la capitale, nous fûmes les premières victimes. En outre, la voie ferrée souterraine de l'Orléans, qui débouche au Palais d'Orsay, formait un magnifique canal qui alimentait abondement la crue. Enfin, le 28 janvier, un vendredi, la Seine et tous ses tributaires syndiqués s'entendirent pour produire un maximum de crue, qui battit tous les records connus, même celui de 1740. Notre pavillon était depuis plusieurs jours bloqué de tous cotés par plus de trois mètres d'eau. Des geysers improvisés avaient fait sauter toutes les bouches d'égout et les regards souterrains. 



Nous ne pouvions sortir qu'en barque ou par un haut pont en planches dressé par dessus les balustres du jardin. Le gaz et l'électricité avaient été coupés depuis le début. L'eau avait envahi notre escalier et n'était plus qu'à 50 centimètres au-dessus du parquet de notre chambre du premier étage. Des sortes de pirogues, montées par des marins de Cherbourg, croisaient dans le cour d'Honneur et sous les colonnades du Palais. Pour sortir et gagner le pont de fortune en planches, il fallait passer par les toits. On nous distribuait le pain et les vivres, ainsi que le courrier, par un service de bateaux. Bref, rien ne peut donner une idée des angoisses de ces heures, d'autant plus que la température était basse et que le chauffage était des plus précaires, les provisions de bois et de charbon ayant été noyées. Les inondations durèrent près de quinze jours, jusqu'à ce que les dernières nymphes de la Seine aient définitivement replongé dans les égouts. Une foule de parisiens avaient déserté, mais nous crûmes devoir rester à notre poste, plus pénible, en somme, que périlleux, pour ne pas paraître céder à la panique générale. Mais le souvenir de Paris transformé en petite Venise ne manque pas d'intérêt.



Après le retour à la vie normale, Maurice continuait à avoir d'excellentes notes aux examens de l’École des Sciences Politiques. Quant à Magdeleine, je la menai au splendide Bal de l'Association des anciens élèves de l'X, au Continental. Nous ne rentrâmes qu'à six heures du matin, après un cotillon des plus animés.

Au mois de juillet, l'état de santé de ma sœur Thérèse nous incita à nous réunir tous en vacances, dans un coin du Dauphiné. Le lieu choisi fut une belle et spacieuse propriété, avec un parc de trois hectares, situé à Chatte (Isère) aux environs de St. Marcellin. C'est près de là que se trouve St. Lattier, lieu de naissance de mon père, et la propriété de famille de l'Olivier, aliénée par nous au printemps 1891. La maison louée à Chatte appartenait à Mlle. Brun.

Nous pensions que le grand air, la salubrité du lieu et les distractions de la famille soulageraient ma pauvre sœur. Mais au bout d'un mois et demi, l'amélioration attendue ne s'étant pas produite, il fallut transporter la malade à Grenoble, chez madame Émile Clément, pour avoir sous la main un médecin compétent. A la fin de septembre, on la ramena à Nice et nous ne devions plus la revoir. Cet événement attrista vivement les vacances, malgré notre plaisir de revoir le pays de nos pères.

Je dois signaler, le 25 août, un baptême solennel, suivi d'un grand dîner, Villa des Allobroges, 4 quai du même nom, à Grenoble chez Mme. Émile Clément, à l'occasion de la naissance du jeune Jean Clément, fils d'Antoine, greffier en Chef du tribunal civil.

Le 10 septembre, ma permission expirée, je rentrai à Paris en passant par le Jura. Car mon chef, le général Florentin, possédait une superbe propriété d'environ 300 hectares nommée La Buchille, dans la commune de Pont-du-Navoy, non loin de Moret, et il m'avait invité à m'y arrêter au retour. J'y fus reçu avec la plus grande cordialité par Madame et mademoiselle Florentin (actuellement Madame Cotelle). La propriété, entourée par l'Ain qui lui sert de limites, a des bois magnifiques.

Quant à Maurice, il avait passé avec succès ses examens de deuxième année de droit en juillet. Il n'était pas allé à Chatte, mais à Londres, où pendant deux mois il avait fait un bon travail en langue anglaise.

A Chatte, nous ne manquions pas de relations. A St. Marcellin même, résidait M. Gustave Lacuire, frère de Théophile, percepteur dans cette ville. Un de nos cousins germains, Louis Commandeur, ingénieur à Bourgoin, qui se manifestait rarement, vint nous voir. Enfin, M. Robert et sa fille Magdeleine passèrent par Chatte au retour d'un voyage d'agrément en Suisse et Autriche-Hongrie.

En octobre, les miens vinrent rejoindre leurs quartiers d'hiver rue de Lille. Nos enfants reprirent leurs cours dans les mêmes conditions que précédemment. Maurice, qui s'était déplacé pour un match de rugby à Bayonne, fut ramené soutenu par deux co-équipiers avec une belle entorse qui le condamna à l'immobilité pendant trois semaines.

André Hermil, ayant terminé son année de service, entra à l’École Polytechnique au mois d'octobre et s'y comporta brillamment. Nous eûmes le plaisir de le recevoir fréquemment chez nous. Il sortit ingénieur des Ponts et Chaussées, puis fit la guerre de 14-18 contre l'Allemagne où il fit montre de beaucoup de courage et d'endurance comme Capitaine du Génie : Croix de guerre pour une action d'éclat devant Saint-Mihiel. Nommé Ingénieur de Ponts et Chaussées à Marseille en novembre 1919, il épousa en septembre 1920 dans cette ville une charmante jeune fille, Mademoiselle Andrée Giraud, fille d'un ancien Polytechnicien, Directeur des raffineries Saint-Louis à Marseille.

André Hermil, Major pour l'Ecole Polytechnique en 1909

Revenons à décembre 1910, pour recevoir Mlle. Robert qui vint passer six semaines chez nous. A cette époque, par suite de la mévente des vins blancs, Robert utilisait les siens à en faire une sorte de mousseux, très agréable au goût, qu'il avait baptisé Mounéry, du nom de la parcelle de vigne qui fournissait le raisin. Notre ami nous en envoyait gracieusement avec une grande prodigalité, sans compter les bordelais de son excellent vin d'Ouveillan.


Année 1911

Vers la fin janvier, j'accompagnai les deux Magdeleine au bal de la Société des anciens élèves de l’École Polytechnique, à l'Hôtel Continental. Ma fille conduisait un cotillon.

En avril, la santé de ma sœur Thérèse se mit à décliner de manière inquiétante et, enfin, ma pauvre sœur s'éteignit, le 1er mai, emportée par l'affection cardiaque dont les premiers symptômes s'étaient manifestés chez moi, pendant son séjour à Versailles en 1891-92. Ce fut une grande douleur dans toute la famille, pour moi notamment qui avait été son tuteur. Elle avait 42 ans et quatre mois à peine révolus, et laissait trois enfants mineurs, savoir : Suzanne (17 ans), René (15 ans) et Jean (11 ans).

Je vins rendre les derniers devoirs à ma pauvre sœur qui fut enterrée dans le cimetière de Nice. C'était une charmante jeune femme, très bonne, d'un caractère vif et gai, très intelligente, très active, toute entière à ses devoirs d'épouse et de mère. Ses trois couches, très laborieuses, avaient contribué à ébranler sa santé. Elle formait avec son mari un couple très uni et elle ne cessait de me répéter qu'elle avait toujours été parfaitement heureuse dans son intérieur. Elle avait très bien su diriger l'éducation de ses jeunes enfants qui, jusqu'ici, ont très bien réussi. Thérèse, élevée au Couvent de la Visitation de la Côte St. André (Isère) était très religieuse et d'une piété très éclairée. C'était, en résumé, une belle âme, enlevée trop tôt à la terre et qui mérite l'éternelle récompense.

 
Mme. Théo Lacuire, née Thérèse Etienne

Au mois de juillet, Maurice passa dans de bonnes conditions ses examens de sortie de l’École des Sciences Politiques, examens longs, difficiles et entourés d'une certaine solennité. Il avait à lutter contre des concurrents sérieux, la plupart sensiblement plus âgés, plusieurs déjà Docteurs en Droit. Il fut classé 17ème sur 150 candidats, avec de très bonnes notes, et obtint naturellement le diplôme.

Il devait passer, huit jours après, ses examens pour la Licence en Droit, mais par suite de surmenage il dut s'aliter et remettre cet examen à la période de service militaire qu'il devait inaugurer au mois de novembre suivant.

Les vacances étaient arrivées et, à la demande de nos enfants, nous allâmes pour deux mois à la Communauté Ste. Anne, à Trégastel, comme en 1907. Il y avait une quantité considérable de jeunes gens et de jeunes filles, d'âges correspondant à ceux de nos enfants. 

Trégastel : 1 - Maurice 2 - Simone 3 - Magdeleine


Les vacances furent très animées. Bains, tennis, excursions en barque, à pied ou autocar, jusqu'à Morlaix, Île Bréhat ou Châteaux Bretons, ce fut une série ininterrompue de distractions. Parmi les amis de Maurice, se trouvait Marco de Gastyne, premier grand prix de Rome de 1911 pour la section de peinture. Mon fils ayant été proclamé champion de tennis de Trégastel (Hommes), Marco, en guise de prix, fit de lui une esquisse que nous conservons religieusement encadrée dans notre salon. Quant à Magdeleine, elle fut déclarée champion dans la section Dames.

Magdeleine et Maurice Etienne à Trégastel en 1911

Pendant que nos enfants s'amusaient, j'étais rentré à mon poste et je m'occupais de l'affectation de Maurice à un Régiment. Comme il avait passé avec un nombre de points satisfaisant l'examen de la Société de Préparation Militaire, je pus obtenir qu'il accomplit ses deux années de service à Paris, au 103° Régiment d'Infanterie caserné à l’École Militaire, ce qui nous le laissait à deux pas de la maison.

Trégastel, adaptation des Martyres de Chateaubriand : 1 - Maurice 2 - Simone

Nous eûmes donc la satisfaction, que nous apprécions davantage encore maintenant, de le voir fréquemment. Il obtint l'autorisation de prendre chez nous la plupart de ses repas, surtout ceux du soir, et comme le nombre de lits était insuffisant à la caserne, de revenir coucher dans sa chambre. Pendant ce temps, il suivait le peloton des élèves-caporaux où il était très bien noté ; et il n'était jamais puni, ayant entièrement gagné les sympathies de ses chefs.

Magdeleine, à la rentrée, commençait à faire des aquarelles agréables et Simone travaillait assidûment à la préparation de son Brevet du premier ordre. Du fait que nous étions en deuil, l'hiver se passa très paisiblement. Comme visiteurs, nous avions nos deux polytechniciens, André Hermil et Pierre Hanoteau, tous les deux accueillis avec plaisir.

Maurice au service militaire 1911-13


Année 1912


Je crois devoir signaler les divertissements périodiques auxquels nous étions conviés pendant notre séjour à la Grande Chancellerie.

A l’Élysée, le Président donnait deux grands bals en janvier et un garden-party autour du 14 juillet. Au Ministère de la Guerre, un garden-party le 13 juillet. A la Grande Chancellerie, un bal très sélect et très recherché en avril ou mai, puis une grande vente de charité où nos filles étaient vendeuses, en décembre. Cette vente était précédée d'un grand déjeuner offert par le Général et Madame Florentin aux Intendants et leur État-major des Maisons d'éducation de la Légion d'Honneur. Enfin, pendant l'hiver, à la Grande Chancellerie, un grand dîner ministériel et diplomatique. Réceptions et dîners, tout y était remarquablement bien.

Un certain nombre d'élèves de nos maisons, choisies parmi les plus sages et les plus gracieuses, étaient invitées aux garden-party ci-dessus, à raison de 40 de St. Denis, 20 d'Ecouen et 20 des Loges. Leur costume, délicieusement vieillot, datant de Madame Campans, c'est à dire de plus d'un siècle, avec leurs bretelles multicolores, avait toujours beaucoup de succès. Elles ne manquaient de danseurs empressés, ni parmi les élèves de l’École Polytechnique, ni parmi ceux de St. Cyr.

André et Marcelle Hermil

Marcelle Hermil vint passer un mois à la maison en mars. Au moment de son départ, c'est à dire vers Pâques, il se produisit un événement important pour la Société et pour nous. Madame Hanoteau, femme du Colonel commandant le 5° Régiment du Génie à Versailles, nous écrivit de Prudhomme, nom de leur propriété près de Décize dans la Nièvre, à l'effet de nous demander la main de notre fille Magdeleine pour leur fils Pierre. Les jeunes gens se connaissaient depuis longtemps, ayant été pour ainsi dire élevés ensemble, et ne semblaient pas se déplaire. La réponse n'était pas douteuse. Mais comme le jeune officier devait suivre pendant quatre mois encore les cours de l’École d'Application du Génie de Fontainebleau, il fut convenu que les fiançailles auraient lieu pendant les vacances, à une date astronomique comme il convient entre X, le 21 septembre. Pierre prendrait ensuite pied dans le Régiment, et les justes noces se feraient le 21 novembre suivant, soit à deux mois d'intervalle.

De ce fait, notre vie calme se transforma radicalement et céda la place à une joyeuse agitation due aux multiples complications qui entourent les préparatifs d'un mariage. Naturellement, Pierre venait souvent à la maison ; sa famille tenait garnison à Versailles, en sorte qu'on avait toutes facilités pour combiner les détails. Ainsi, l'été passa avec une rapidité inconnue et il ne fut pas question de villégiature lointaine. Les vacances se passèrent dans la superbe propriété des Hanoteau, Prudhomme, à six kilomètres de Décize, d'une superficie de 130 hectares, avec un spacieux et confortable habitat.

Avant d'arriver aux fiançailles, je dois mentionner le succès de Simone qui enleva brillamment son diplôme du Brevet élémentaire, au mois de juin, à l'âge de quinze ans à peine révolus.

De son coté, Maurice, qui appartenait à la 7° Division commandée par le Général Roques, fut choisi par cet officier général, ami de la famille, comme son caporal-chef des secrétaires. 

 
Maurice et ses secrétaires


Ce nouveau poste augmenta encore l'indépendance de mon fils, qui put ainsi prendre tous ses repas et coucher à la maison. Nous eûmes d'ailleurs beaucoup à nous louer du Général Roques, devenu plus tard Commandant de Corps d'Armée et Ministre de la Guerre. Il mourut prématurément au Val de Grâce en 1919.


Le 21 septembre, toute la famille était réunie à Prudhomme pour les fiançailles qui donnèrent lieu à une superbe fête. Outre le Colonel Hanoteau, sa femme et leur second fils André, on remarquait les fiancés, M. Jean Hanoteau, frère du Colonel, sa femme et ses deux enfants, le Colonel Dufour et sa famille, divers parents des environs, ma femme, mes enfants et moi.

Pierre, mon futur gendre, venait de sortir de l’École de Fontainebleau, bon premier de la promotion du Génie, et avait été classé à Versailles dans le régiment de son père, auquel d'ailleurs de prochaines étoiles avaient été promises. Tout conspirait donc en faveur des jeunes fiancés et il fut facile de leur trouver un appartement, puis de le meubler confortablement, ce dont Madame Hanoteau mère et Colonelle s'acquitta avec beaucoup de générosité et de dévouement.

Je ne remémorerai pas tous les préparatifs, tous les soucis inhérents à un mariage. Le contrat fut fixé au mardi 19 novembre, le mariage civil au mercredi 20 dans le 7ème arrondissement, et la cérémonie religieuse au jeudi 21 en la basilique Sainte Clotilde.

 
Pierre & Magdeleine sortant de la Basilique

Il fut décidé que nous donnerions un grand dîner de 70 couverts au palais d'Orsay le mardi 19 et que le lunch, suivi d'un dîner assis pour le cortège, se ferait au même endroit le jeudi 21, après la Bénédiction Nuptiale.

Mme Maurice Hanoteau, le Commandant Léon Etienne, le Colonel Maurice Hanoteau

Du coté de notre famille, les Vidil s'abstinrent totalement. Mon oncle, le Commandant Mathieu, Mme. Émile Clément, M. et Mme. Antoine Clément, Albert Gonnet, la plupart de nos neveux et nièces furent fidèles au rendez-vous. Le Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, Madame et Mlle. Florentin, le Colonel et Madame Anthoine, des amis, acceptèrent notre invitation, ainsi que Louis Robert, de Béziers et sa fille Magdeleine.

Mme. la Gnénérale Anthoine, le Commandant Faure, Simone Etienne

Du coté des Hanoteau, près de quarante invités dont les très proches parents, puis leur cousin M. René Doumic, de l'Académie Française, avec Madame, le Général et Madame Mauduit, des amis, l'Ingénieur Général de la Marine Lhomme et son fils, etc... ainsi qu'un certain nombre d'officiers amis ou chefs directs de Pierre.

 
Madame Jean Hanoteau, le Général Florentin

Nous fûmes royalement traités au Palais d'Orsay. Quant à la cérémonie religieuse, on se la représente dans le cadre imposant de la Basilique, au milieu d'un concours énorme d'amis. Le discours, très émouvant, fut prononcé par le premier vicaire, l'Abbé Colombel. Les témoins furent : pour Magdeleine, le Général Florentin et le Colonel Anthoine ; pour Pierre, ses oncles M. Jean Hanoteau et le Commandant Faure.

Le Général Florentin, le Capitaine Jean Hanoteau

Les jeunes mariés nous quittèrent vite pour se rendre dans leur appartement de Versailles et, de là, en Italie.

J'eus le profond regret de n'avoir pas autour de nous, pour cette belle fête, ni ma sœur Madame Gabrielle Hermil, ni mon beau-frère Lacuire, empêchés l'une par son état de santé, l'autre par un deuil cruel.

Suzanne Lacuire et Marcelle Hermil, ainsi que Magdeleine Robert restèrent un certain temps à la maison après le mariage.


Année 1913


Ce fut une année calme. Déjà pesait sur nous le sentiment de notre prochain départ de l'Armée. Je reçus la rosette de l'Ordre d'Assouan et d'Orange-Nassau (Pays-Bas). Je fus nommé Officier d'Académie et inscrit au tableau de concours pour Officier de la Légion d'Honneur.


Au mois de juillet, Maurice fut reçu Licencié en Droit avec d'excellentes notes. Un de ses examinateur, M. Brouilhet, me dit que sur la partie financière, il avait été extrêmement brillant.

Les vacances arrivées, je restai à Paris, en raison de mon prochain départ de la Grande Chancellerie, mais ma femme et ma fille Simone allèrent passer un mois à Trégastel, pour la dernière fois. Je profitais de mon veuvage pour rechercher des appartements et je fus assez heureux d'en trouver un, 4 avenue Perrichont prolongée, à Auteuil. Le choix de ce quartier m'était dicté moins par l'air vaguement plus pur que par la proximité de quelques membres de notre famille, les ménages Haubold et David. Cet appartement neuf était sis au 1er étage et comprenait : grand salon, petit salon, salle à manger avec office, trois chambres de maître, deux chambres de bonne, une salle de bains, cuisine, diverses dépendances et vaste antichambre, le tout commode, confortable, moderne et bien éclairé.

Ce fut le 12 septembre que nous dîmes adieu à la Grande Chancellerie où nous avions passé près de huit années, dans les meilleures conditions d'intérêt et de confort. Nous étions non seulement logés gratuitement, mais encore chauffés, éclairés et dotés d'une foule d'aubaines. Je ne serai jamais trop reconnaissant au Général Florentin et à sa famille de tout ce qu'ils ont fait pour les miens et pour moi. Je regrettai vivement mon bureau, le travail intéressant et instructif auquel je m'y livrais, surtout au point de vue de la connaissance du cœur humain. Je regrettai aussi les membres distingués du Conseil de l'Ordre, le maître Bonnat, les généraux Mensier, Marchand et Dubois, le Premier Président Forichon, le Président au Conseil d’État Dislère, etc. avec qui j'avais, de par mes fonctions, des rapports incessants.

Le Palais, avec ses colonnades et sa magnifique rotonde, me rappelait d'inoubliables souvenirs, soit pour les belles réceptions, soit par les superbes dîners, soit par l'heureux mariage de ma fille Magdeleine. J'avais été admis à la retraite le 12 août 1913.

Commandant Léon Etienne, Chef d'Escadron d'Artillerie

L'emménagement ne fut pas trop laborieux. Le confortable appartement dans lequel nous nous installions adoucit nos regrets de quitter le 64 rue de Lille, bien que, en raison de l'excentricité du quartier d'Auteuil, l'obligation permanente de recourir à des moyens de locomotion en commun présentât de sérieux inconvénients. En outre, nous connûmes de nouveau l'heure douloureuse du terme. En compensation, un peu plus d'oxygène et le voisinage du Bois de Boulogne.

Vers le 25 septembre, alors que les derniers bibelots prenaient leur place, Maurice, qui était de la classe, vint s'installer définitivement chez nous et il fallut s'occuper de sa situation car il allait avoir 23 ans. La première pensée fut d'utiliser ses connaissances financières pour le lancer dans un grand établissement de crédit. Je connaissais précisément un des Directeurs du Crédit Lyonnais à Paris, un grenoblois nommé Iweins, qui me mit en relation avec le Chef du Personnel, M. Walewski. Les offres les plus avantageuses furent faites à Maurice comme début de carrière. Mais, après réflexion, il préféra tenter l'examen de l'Inspection des Finances, où nous avions aussi des amis. C'était évidement une meilleure utilisation de son diplôme de Sciences Politiques. D'ailleurs, dans une visite que je fis à cette dernière école, le Secrétaire Général me donna des assurances flatteuses sur les chances de mon fils, et il est probable qu'elles se seraient réalisées sans l'affreuse guerre où Maurice donna sa vie pour son pays. Nous ne nous doutions pas alors que tant de travail, tant d'efforts aboutiraient à une tombe dans un village perdu de l'Argonne.

Donc, lorsque notre décision se fut arrêtée sur l'Inspection des Finances, Maurice dut se faire inscrire dans un groupe, on dit vulgairement une écurie, dirigé par un jeune Inspecteur-adjoint de la dernière promotion. Mon fils choisit comme entraîneur M. Jean du Buit, ancien élève de l'X, sujet des plus brillants, fils de l'ancien Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Paris. Les examens ayant lieu en mars, Maurice avait décidé de ne se présenter qu'en 1915, pour avoir le temps de se préparer convenablement. Il travailla avec beaucoup de conscience, aidé très utilement par un autre guide très sûr et plus ancien, M. de Vaugelas, également Inspecteur, qui avait épousé notre amie Rose Ramel, de Carcassonne. Tout permettait d'augurer un succès aux prochains examens, lorsque la guerre néfaste de 1914 éclata. Les Inspecteurs des Finances du Buit et de Vaugelas, ainsi que Maurice leur élève, devaient tous les trois, à la fleur de l'âge, mourir pour la France.


Année 1914


Cette année fatale débuta dans le calme, souvent précurseur de la tempête. Magdeleine avait suivi son mari, détaché à Chartres avec sa compagnie pour exploiter un tronçon de voie ferrée. Comme nous avions des billets de réduction à 90%, nous allions très souvent voir nos enfants et admirer la superbe cathédrale de cette ville.

Comme je l'ai dit, Simone avait été reçue au Brevet élémentaire en 1912. A la rentrée des classes, il avait été tout d'abord décidé qu'elle ne prendrait pas son Brevet Supérieur, mais se contenterait de se perfectionner en suivant la 6ème supérieure du Cours Désir. Elle aurait eu ainsi plus de temps pour étudier son violoncelle qu'elle travaillait depuis quelques années, avec succès, sous la direction éclairée de M. Kerrion, 1er violoncelliste solo à l'Opéra Comique. Mais Simone, entraînée par l'exemple de quelques amies intimes, voulut à toutes forces entrer dans la classe du Brevet Supérieur. Elle y réussit parfaitement et, au mois de juin 1914, le jour de ses 17 ans, elle conquit brillamment son diplôme. Elle eut même, pour sa dictée musicale, la note de 20/20, que ni Mozart ni Beethoven n'auraient pu dépasser. Peu après, elle obtenait le diplôme supérieur d'enseignement du Cours Désir. Ses classes étaient terminées et elle n'eut plus qu'à se perfectionner par l'audition de quelques conférences littéraires et historiques et à suivre des cours d'anglais pour lesquels elle obtint une haute récompense.

Le 1er mai, notre ami Robert maria son fils Georges avec Mlle. Suzanne Boubal, fille d'un Avoué de Perpignan, leur cousin. Je fis le déplacement pour assister à aux belles fêtes qui accompagnèrent cette cérémonie. De là, je revins à Béziers où je passai huit jours, choyé à merveille par la famille Robert. Ce ne furent que joyeuses parties. On ne se doutait pas du coup de foudre qui allait éclater deux mois après.

Partout en France, d'ailleurs, l'optimisme semblait prévaloir. Le rétablissement du service de trois ans, la plus grande facilité qui en résultait pour le recrutement des cadres inférieurs de l'armée, des récoltes qui s'annonçaient abondantes, un apaisement assez prononcé au point de vue social, tout faisait bien augurer de l'avenir, lorsque eut lieu l'assassinat de l'Archiduc héritier d'Autriche à Sarajevo par un serbe, au mois de juin. Par lui même, l'événement n'était pas de nature à amener fatalement une conflagration européenne, mais les suites prouvèrent la volonté évidente de l'Allemagne de saisir cette occasion d'en arriver à la guerre désirée.

Juin et juillet s'écoulèrent dans une tension diplomatique d'intensité variable mais ininterrompue. Pendant ce temps, Maurice était choisi comme capitaine de l'équipe première de Rugby du Stade Français. 

Maurice, Capitaine du Stade Français


Quant à René Lacuire, déclaré admissible à l’École Polytechnique, il vint à Paris le 20 juillet pour y subir les épreuves orales.

Mais les événements se précipitaient ….

Madame Léon Etienne, née Jeanne Salviany



vendredi 13 mai 2016

1905-1909 : fixés à Paris, et les enfants qui grandissent

Maurice ETIENNE

Sous-Lieutenant au 367ème Régiment d'Infanterie


Chapitre IV

1905-1909 : fixés à Paris, et les enfants qui grandissent


Année 1905

Pendant ce temps, je prenais mon service à l’État-Major du 6° Corps d'Armée, 2e Bureau, sous les ordres directs du Commandant de Margerie, officier de premier ordre, disgracié comme moi par le Général André.

Le Chef d’État-major était le Colonel Maitrot, devenu général et écrivain militaire connu. Je reçus le meilleur accueil et n'eus qu'à me féliciter de mon nouveau poste. Je m'installai à Châlons en garçon, laissant ma famille à Paris pour le motif suivant : avant de prendre sa retraite, le Général Faure-Biguet avait obtenu du Général Florentin, Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, la promesse de me prendre auprès de lui dès que le poste de Chef de Cabinet deviendrait vacant. Persuadé que cet espoir se réaliserait bientôt, je ne voulais pas entreprendre un double déménagement. Je venais voir fréquemment ma famille qui continua son existence laborieuse au milieu de nos relations.

Le Commandant Etienne accompagne le Général Florentin à une inauguration aux Tuileries
 Le 25 mars, nous eûmes la douleur de perdre Mme. Vve. Édouard Vidil, née Hippolyte Salviany, propre tante de ma femme, chez qui cette dernière vivait avant son mariage. Mme. Vve. Édouard Vidil était une femme d'une distinction remarquable, d'une bonté et d'un jugement parfaits, faisant le plus noble, le plus généreux et le plus généreux usage d'une fortune considérable. Elle habitait 2 rue de France, 1er étage. Sa mort fut une très grande perte pour les pauvres de Grenoble et pour toute sa famille.

J'ai aussi à relater une bien cruelle épreuve pour une famille déjà douloureusement frappée. Notre cousin Louis Capdepon, négociant à Lyon, mourut subitement au mois de mai à l'hôtel Central de Paris où il était de passage. On se rappelle que sa femme, Marie Capdepon, était morte subitement en 1898. Capdepon laissait cinq enfants orphelins dont aucun n'avait encore une position.

Ce fut au milieu de ces deuils et de l'incertitude de ma situation militaire que l'été se passa. En raison de ma conviction qu'un changement aurait lieu pour moi à l'automne, je donnai congé de mon appartement de l'avenue de Tourville le 15 juillet, et notre mobilier fut engerbé provisoirement dans un deux pièces du rez-de-chaussée du même immeuble.

Toute ma famille alla passer trois mois à Mondorf, petite station thermale du Grand Duché du Luxembourg, où Maurice la rejoignit. Ce furent des vacances très gaies, avec beaucoup de distractions et de relations nouvelles. Les miens firent des excursions charmantes, dont une à Trèves et l'autre à Metz.

Le 30 septembre, Maurice dut reprendre le chemin du Rondeau, en passant par Reims où il s'arrêta une demi-journée, et que je lui fis visiter. Il admira beaucoup la splendide cathédrale et la vielle église de St. Rémy.

Maurice, à 15 ans

Moi-même, le 8 octobre, je me rendis à Luxembourg pour ramener ma femme et mes filles. Nous y passâmes une journée et reçûmes une hospitalité écossaise chez Madame David. De là, nous partîmes pour Paris. Ma belle-sœur, Madame Keisser, nous avait retenu deux chambres dans une pension de famille très convenable tenue par Madame Poizat, 16 rue St. Romain. La nourriture y était bonne et la société bien composée. Ma famille y passa deux mois et, parmi les personnes présentes, elle se lia avec une jeune américaine, charmante, Miss Laure de Beauregard-Larendon, surnommée Doucette à cause de l'aménité de son caractère, d'origine canadienne française, l'un de ses ascendant direct étant le Général de Division de Beauregard, tué au Canada pendant la guerre de 7 ans. Son domicile était à la Nouvelle Orléans en Atlanta. Nous continuons à nous écrire fréquemment.

Le 10 décembre il survint deux événements importants, l'un heureux, l'autre triste.

En premier lieu, la place que j'ambitionnais à la Grande Chancellerie devint vacante et, sur la demande du Général Florentin, je fus nommé attaché à la personne du Grand Chancelier, pour entrer en fonctions le 25 décembre. Nous devions être logés au Palais même, gratuitement, dans un gentil pavillon qui fut aménagé très confortablement. Je quittai avec quelque émotion l’État-Major du 6° Corps où j'avais recueilli de nombreuses sympathies, ainsi que la ville de Châlons où j'avais été si cordialement reçu par les familles de deux camarades d’École, Monet, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, et Borgolz, Chef de Bataillon du Génie.

En même temps, je recevais à Châlons un télégramme de Grenoble m'annonçant que la santé de mon beau-frère Joseph Salviany, très précaire depuis un an, devenait très mauvaise et qu'on pouvait redouter un dénouement fatal. Ne pouvant m'absenter, je prévins Madame Keisser et ma femme qui se rendirent immédiatement auprès de leur frère, 2 cours St. André à Grenoble. Après huit jours d'angoisse, la crise fut conjurée. Mais il resta dans la circulation un caillot de sang qui se fixa dans la jambe droite du malade, au haut du mollet. Il fut impossible de s'en débarrasser et le membre flétrit. Il faudra se résoudre à lui couper la jambe, au mois de janvier.

Au mois de décembre, j'ai encore à signaler le mariage de notre cousin Antoine Clément, Greffier en Chef du Tribunal civil de Grenoble, avec Mlle. Marguerite Thorrand (1886-1918), fille de l'entrepreneur bien connu. Le jeune ménage eut cinq enfants, deux fils et trois filles.

Quant à nos fillettes, ma femme, en quittant Paris, dut abandonner la pension de famille et les mettre provisoirement pensionnaires au Cours Désir où elles suivaient des cours depuis la rentrée d'octobre. J'ai omis de relater qu'au mois de juin 1905, ma fille Magdeleine avait obtenu le Diplôme du Brevet simple, avec grand succès, au Cours Bertier qui ne préparait pas au-delà.

Le 26 décembre, j'allais chercher ma femme à Grenoble et la ramenais à Paris, Hôtel d'Orléans, rue Jacob, où nous descendions en attendant que les réparations de notre pavillon fussent terminées.



Année 1906


Quant à Maurice, les mathématiques continuaient à lui répugner fort et il aspirait à rentrer à Paris depuis qu'il nous y sentait définitivement fixés. Comment ne réussissait-il que médiocrement au Rondeau, bien qu'il eût fait de notables progrès dans la branche Littérature ? Alors, je me décidai à le rapprocher de nous dès le premier février, et à le mettre comme pensionnaire au Lycée Louis-le-Grand, toujours en classe de mathématiques.


Concernant nos enfants, je n'ai rien de particulier à signaler pendant la période scolaire. Ils allaient assidûment jouer au Luxembourg. Nous donnâmes une matinée dansante à leurs amis et amies.

Je ne veux pas laisser sous silence la mort de la cuisinière de notre famille, Marie Genon, dite Marie de Rives, décédée dans le courant du printemps à l'âge d'environ 77 ans. 


Entrée au service de mon père, Notaire à Rives, au moment de son mariage le 1er janvier 1855, elle ne savait ni lire, ni écrire, ni faire la moindre cuisine. En peu de temps, grâce à une intelligence et une application remarquables, elle devint excellente cuisinière et la plus dévouée des servantes. Elle rendit à ses maîtres des services inappréciables par son économie, son honnêteté, son savoir-faire merveilleux, ainsi que son tact pour recevoir les clients. Ayant vu naître et soigné tous les enfants de mes parents, elle nous tutoyait et nous morigénait, toujours pour notre plus grand bien. Elle faisait partie intégrante de la famille, partageait nos joies et nos peines. En 1881, à la mort de notre père, et en 1882, à la mort de notre mère, elle se prodigua pendant leurs douloureuses maladies. Nos deux jeunes sœurs restées seules, elle leur servit de chaperon, presque de mère. En 1885, ma sœur Gabrielle ayant épousé le Docteur Hermil, Marie entra à leur service à Grenoble. Après le décès du Docteur Hermil en 1891, elle continua ses soins dévoués auprès de sa veuve et de ses deux jeunes enfants. Elle accompagna ma sœur à Antibes, à Cannes et à Nice. Elle travailla jusqu'à son dernier jour et mourut après 57 ans et demi de services ininterrompus dans notre famille. Nous la pleurâmes, et mon plus grand regret fut de n'avoir pu obtenir pour elle l'une des récompenses du prix Monthyon, à l'Académie. Elle repose maintenant au cimetière de Nice. Elle avait voué son affection toute particulière à mon fils Maurice, quelle gâtait à outrance pendant les vacances. Elle avait réalisé de grosses économies qu'elle laissa à ma sœur, Madame Hermil.

Mme. Vve. Edouard Vidil, née Salviany
Au mois de juin, je représentai, comme tous les ans, le Grand Chancelier à la cérémonie de la Confirmation des élèves de St. Denis. J'y rencontrai pour la première fois Mgr. Amette, coadjuteur du Cardinal Richard. Je déjeunai en face de lui, à coté de la Surintendante, Mme. Ryckbusch, femme d'une haute distinction et d'une grande valeur. Au dessert, je levai mon verre en l'honneur du futur Cardinal avec qui je conserve toujours des relations très affectueuses. Mgr. Amette (décédé en 1920) joignait à un robuste appétit une affabilité exquise, un esprit d'à-propos et de répartie charmant, une facilité d'improvisation et d'élocution remarquable. Normand très fin, très libéral en même temps que très pieux, il savait faire aimer la religion. Il se prodiguait beaucoup de sa personne malgré un état de santé un peu précaire et jamais il ne manqua, quand il le put, de venir donner lui-même la confirmation à St. Denis, seul établissement de l’État où il pût pénétrer durant cette période si troublée pour l’Église. Il savait que la bouderie, cousine germaine de la rancune, n'est ni agréable à Dieu, ni habile auprès des hommes.

Dans les mêmes conditions, à Ecouen et aux Loges, maisons d'éducation de la Légion d'Honneur situées en Seine-et-Oise, je fis la connaissance du nouvel évêque de Versailles, Mgr. Gibier, prélat éloquent, libéral, plein de feu et de zèle. Chaque confirmation, pendant huit années, j'eus l'occasion d'admirer cet éminent prélat.

Le 25 juillet, eut lieu en l'église St. Jacques du Haut-Pas, le mariage de notre nièce Adèle Keisser avec le jeune Charles David qui venait d'obtenir le diplôme d'Ingénieur de l’École Centrale de Paris. Ma nièce avait 25 ans, son mari 24. Comme le père de la mariée était décédé quelques années auparavant, c’est moi qui conduisit Adèle à l'autel. La cérémonie fut suivie d'un déjeuner au café Voltaire, place de l'Odéon. La veille, j'avais donné un grand dîner à la maison. Les jeunes époux durent bientôt quitter Paris pour se rendre à Castres, où le jeune ingénieur allait accomplir une année de service, comme Sous-lieutenant au 9° d'Artillerie.


Les vacances approchaient. Comme nous n'avions pas vu ma propre famille depuis 2 ans, nous nous résolûmes de nous réunir dans une grande maison de campagne, à Arvillard (Savoie), tout près d'Allevard. Il régnait une sécheresse intense et une chaleur tropicale. Les vacances, néanmoins, furent excellentes dans ce pays très boisé où les points d'excursion abondent.

Nous avions décidé de mettre Maurice en 1ère B (Latin-Langues), les mathématiques n'étant décidément pas son fait. Mais la connaissance d'une langue vivante étant indispensable, Maurice choisit l'allemand qu'il étudia avec fruits sous la direction éclairée de son oncle, Théophile Lacuire.

Dans le courant de septembre, il survint à ma fille Magdeleine un accident qui aurait pu avoir de fatales conséquences dans ce pays désert de tout médecin sérieux. En courant avec ses cousins, elle arriva, sans y prendre garde, au sommet d'un talus de prairie très raide, fut entraînée par son poids tout le long de la pente et se reçut sur la tête en arrivant en bas. Il fallut la transporter à la maison pendant un assez long trajet, et elle resta plusieurs heures dans un coma inquiétant. Le médecin de La Rochette, appelé, n'y entendait pas grand-chose, et personne n’était bien expert dans la pose des sangsues. Enfin, Magdeleine s'en tira grâce à la vigueur de sa constitution, mais pendant 24 heures, elle resta plongée dans un hébétement absolu, ne cessant de répéter « je suis raide, je suis paf. »

Comme Arvillard était assez près de Tencin, nous allions parfois tenir compagnie à mon pauvre beau-frère Joseph Salviany, amputé, qui y possédait une petite maison de campagne.

Vers la fin septembre, nous eûmes la douleur de perdre ma tante, veuve de feu Auguste Etienne, le frère aîné de mon père, décédée chez sa fille Madame Émile Clément, 4 quai des Allobroges à Grenoble, à l'âge de 88 ans.

En octobre, Maurice rentra au Lycée Louis-le-Grand en 1ère B. C'était l'année de la première partie du Baccalauréat. Il y réussit très bien et occupa les premières places en composition française, en latin, et même en mathématiques. En histoire, il était très irrégulier, tantôt premier, tantôt dernier. Naturellement en retard pour les langues vivantes il prit d'excellentes leçons d'un répétiteur. Ses seules difficultés, comme toujours, furent avec les répétiteurs d'études pour qui il manquait de déférence et qui le lui rendaient en retenues.

Outre le tennis, il inaugura le régime des sports les jeudis et dimanches avec son ami Codet. Son premier pas eut lieu en novembre et il gagna un prix dans une course à pied. Il avait emporté de la maison un pantalon usagé qu'il coupa au dessus des genoux pour s'en faire une sorte de culotte sportive. On chercha longtemps le pantalon mystérieux, disparu. Puis, ce fut le tour du ballon ovale et bientôt notre fils acquit au rugby une réputation qui devait aller en grandissant encore.

Magdeleine continuait au Cours Désir sa préparation au Brevet Supérieur. Outre ses leçons de piano avec Mlle. Schaefer, elle suivait l'excellent cours de dessin de M. Yan d'Argent qui lui enseigna remarquablement les principes de l'aquarelle.

Vers le milieu de décembre, les nouvelles de la santé d'oncle Joseph redevinrent mauvaises et ma femme se décida à se rendre à Grenoble où elle descendit chez Édouard Vidil. L'état ne parut pas empirer, tout d'abord. Ma femme avait passé avec son frère toute la journée du 31 décembre, puis était allée dîner le soir en ville. Oncle Joseph s'était levé et avait tout organisé pour bien recevoir sa sœur, le lendemain, premier jour de l'an. Soudain, à 9h du soir, il se sent au plus mal et meurt au bout d'un quart d'heure des suites d'une congestion cérébrale, due sans doute à une embolie. Ma femme, avisée de suite, ne put arriver qu'après le décès.

Joseph Salviany

Année 1907


Les obsèques eurent lieu le 2 janvier, et le corps fut inhumé dans la sépulture Salviany, cimetière St. Roch à Grenoble. Charles David et moi étions présents.

Mon beau-frère était âgé de 47 ans, célibataire et rentier. Avec lui, disparaissait le nom de Salviany qui avait honorablement figuré dans la haute bourgeoisie grenobloise pendant plus de 100 ans. Joseph, bien que nous ne le vissions que rarement, laissa un grand vide chez nous. C'était le parent le plus rapproché de ma femme pour qui il avait été très bon pendant la période où elle était jeune fille orpheline. Son appartement ainsi que le mobilier qui le garnit, 2 cours St. André, 1er étage, appartiennent à ma femme. La famille Salviany, dont on trouvera ailleurs la généalogie, était, dit-on, originaire de Suisse, canton des Grisons.

Pendant nos deux jours d'absence, nos enfants, restés seuls à la grande chancellerie, furent recueillis par le Général et Madame Florentin qui les hébergeaient aux repas.

Madame Keisser, ma belle-sœur, se remaria après avec un jeune architecte de valeur, Bernard Haubold. Les ménages Haubold et David se fixèrent à Auteuil.


Le 25 mars, je fus promu Chef d'Escadron et maintenu comme Chef de Cabinet du Grand Chancelier.

Au mois de mai, nous eûmes la douleur de perdre notre tante Marguerite Mathieu, née Petignief, de Vienne (Isère). Elle avait épousé mon oncle Aimé, le plus jeune de nos oncles de Virieu, ancien maire de cette localité. Elle mourut des suites d'une opération dans leur villa de la promenade des Anglais à Nice. Elle jouait un rôle important dans la famille et laissa d'unanimes regrets. Du coté Petignief, elle avait huit neveux et nièces, les enfants Faure et Bizet. Elle est inhumée au cimetière de Virieu, sépulture Mathieu.

Nos deuils nous condamnèrent à quelque solitude. Puis, vint la période agitée des examens. Magdeleine inaugura la série des succès en enlevant brillamment son brevet supérieur. Quant à Maurice, il fur reçu à la première partie du baccalauréat, sans coup férir, au mois de juillet, avec des compliments pour sa version latine et sa composition française. Henri Codet avait été reçu en même temps que lui.

Pour la récompense de son succès, j'offris à Maurice une villégiature à Piriac (Morbihan) sur les bords de l'océan, où les Codet possédaient une villa. Mon fils y apprit à pédaler, à pêcher, à fumer et surtout à très bien nager.

Quant à nous, après beaucoup d'hésitations, nous partîmes le 2 août à Trégastel (Côtes du Nord) pour passer les mois de vacances à la Communauté Ste. Anne, sorte de très grand hôtel très bien aménagé. On y accédait par voie ferrée jusqu'à Lannion et, de là à Trégastel, par voiture hippomobile. Actuellement, la voie ferrée a été prolongée jusqu'aux portes de Trégastel. Le pays est magnifique et a été surnommé « la Côte de granit rose » à cause de la couleur des roches extraordinaires qui en font la principale curiosité. Les lieux d'excursion abondent et la pêche des crevettes roses est fructueuse. Il y a de très belles villas (celle de Mme. Alexandre Dumas, M. Reichenberg…). La Communauté, qui peut contenir environ 200 personnes, admises sur références soigneusement contrôlées, plaît beaucoup aux dames et jeunes filles à cause de la sécurité des relations.

Enfin, le voisinage de Ploumanach, de Perros-Guirec, de la Clarté, etc... rend cette station très intéressante. Nous nous y créâmes de nombreuses relations, dont les principales furent les familles de Marsy, Lumans, Vilette, Foiret, Fléchette etc. que nous retrouvâmes ici. L'établissement était administré par une ancienne religieuse ne présente, à son début, aucune particularité

Cette année là, les familles Hermil et Lacuire allèrent passer leurs vacances à Munich. Au retour, à Strasbourg, ma sœur Thérèse Lacuire fut atteinte, à l'hôtel, d'une crise cardiaque que l'on put maîtriser, mais qui pouvait donner lieu à de graves réflexions pour l'avenir.

La rentré scolaire n'intéressait plus notre fille aînée qui cultivait exclusivement le piano et l'aquarelle. Maurice commença sa classe de philosophie. Il travaillait avec modération mais plus, peut-être, qu'il n'y paraissait. Ses convictions le portaient certainement plus du coté du sport. Très grand, très leste, svelte en même temps que vigoureux, il réussissait à tous les jeux, et sa passion pour les exercices physiques l'a sûrement préservé de beaucoup d'écarts plus graves.

Le dernier trimestre de l'année s'acheva sans incident. Nous nous rendîmes à Grenoble pour assister à un service religieux en souvenir de l'oncle Joseph.

Simone à 9 ans

Année 1908

L'année 1908 ne présente, à son début, aucune particularité. Maurice se maintenait à un bon rang dans sa classe de philosophie. En juillet, il enleva la seconde partie de son baccalauréat avec une composition en philosophie qui lui valut les plus vifs éloges de l'examinateur.

Aussitôt après, départ pour la villégiature. Mon oncle, le Commandant Mathieu, veuf depuis peu, offrit l'hospitalité chez lui aux familles Hermil et Lacuire. Pour être tous réunis, je louai à Virieu la villa Annaquin, nom de son propriétaire, le médecin Inspecteur qui, décédé l'année précédente, l'avait léguée à sa veuve. C'était une maison bien comprise, avec un joli parc, dans une situation de choix. Maurice était des nôtre et, pour la récompense de son travail, je lui pris un permis de chasse. Je dois reconnaître qu'il réussit très médiocrement dans ce sport, qu'il abandonna bien vite. Nous reçûmes pendant une huitaine de jours à la maison ses amis Codet et Duru, qui étaient venus avec leurs parents passer leurs vacances sur les bords assez rapprochés du lac d'Aiguebelle.

Marcelle Hermil, Maurice Etienne, André Hermil, Magdeleine Etienne, à Virieu
 Ce ne furent que parties de plaisir, excursions, jeux et parties de boules chez notre oncle, bains dans le lac de Paladru. Après le départ de nos invités, l'oncle Aimé offrit à Maurice, André Hermil et Théophile Lacuire une superbe course dans les Alpes, à bicyclette (Gap, col du Parpaillon, Fort de Tournoux, vallée de l'Ubaye, Barcelonnette, etc.). Une autre fois, il leur fit faire le tour du lac du Bourget.

Jean Lacuire, Simone Etienne, Suzanne et René Lacuire, à Virieu
 De mon coté, j'avais conduit Maurice et ses invités à Grenoble, à la cascade de l'Oursière, au chalet de La Pra, et au grand Pic de Belledonne, superbe course qui fut gâtée par le mauvais temps.

Au mois d’août, j'allais avec tous les miens à Grenoble pour assister au mariage de Marie Vidil avec la Chef d'Escadron d'Artillerie Dessens, actuellement Général de Brigade dans le Palatinat.

Le 6 octobre, nous reprenions tous le chemin de Paris. Maurice se faisait inscrire à la Faculté de Droit de Paris. Il comptait partager son temps entre ces cours et ceux de l’École Libre des Sciences Politiques, école indispensable pour la carrière d'Inspecteur des Finances qu'il visait.

En dehors de ces occupations, il se fit inscrire au PUC (Paris Universitaire Club), association sportive récente de rugby (principalement) dont il devint rapidement le capitaine et l'As.

En octobre, le jeune Pierre Hanoteau, qui avait été reçu cette année dans un bon rang à l’École Polytechnique, était affecté (pour l'année 1908-1909) à un régiment d'Artillerie de Bourges afin d'y accomplir l'année de service réglementaire et y perdre une année plus fructueuse ailleurs. Il devait en sortir Maréchal-des-Logis.

L'automne fut très calme. Magdeleine faisait de notables progrès en aquarelle, et en piano également, depuis qu'elle prenait des leçons de cet instrument chez une excellente maîtresse d'Auteuil, Madame Billa.

Quant à Simone, elle travaillait bien au Cours Désir, où elle occupait un des premiers rangs de sa classe. Le 31 mai, elle avait fait sa première communion au Cours, sous la direction de l'Abbé Méresse, avec un certain nombre d'excellents amies, Germaine Arbel, Céline Aman-Jean, Marie-Thérèse Coriton, etc...


Année 1909

Nous avons d'abord à enregistrer la mort regrettable à tous les points de vue de M. Yan d'Argent, l'excellent artiste et le consciencieux professeur d'aquarelle de Magdeleine, qui lui doit ce qu'elle a fait de mieux en peinture. Après son décès, ma fille alla pendant quelques mois chez une autre artiste, Blanche Odin, médaillée de la Société des Artistes Français, qui produisait des œuvres assez intéressantes, mais dont le genre de peinture ne plaisait pas à Magdeleine. Celle-ci suivit alors les cours de Mlle. Jeanne Dangon, 25 quai de Grands Augustins, et par intermittence ceux de Filliard, chez Mme. Vve. Yan d’Argent, rue de la chaise. Filliard était un aquarelliste des plus remarquables, mais il se désintéressait un peu des élèves.

Maurice travaillait très bien à l’École des Sciences Politiques, section financière, qui était tout à fait dans ses aptitudes. Il avait d'excellentes notes dans ses examens bimensuels. Désireux de faire partie d'un club de sport d'un ordre plus relevé, il se fit inscrire au Stade Français, et fut de suite connu comme un des As du 15 Supérieur de Rugby. Il se trouvait un emploi intéressant de ses après-midi du dimanche. Il allait matcher avec des équipes en province, à Bordeaux, Toulouse, Bègles, Lyon, etc. et revenait parfois avec quelque contusion grave, entorse, épaule luxée, visage en capilotade. Mais cela ne diminuait en rien son ardeur et, grâce à son habileté au jeu, il devint demi d'ouverture, poste capital dans l'équipe.

Maurice fréquentait toujours Henri Codet et sa famille. Il se lia avec Jean Poisson, étudiant en médecine, neveu de M. René Quinton, fils d'un capitaine d'Artillerie breveté de grande valeur, mon ancien camarade de l’École Polytechnique, malheureusement décédé jeune par suite de tuberculose. Madame Vve. Poisson s'était retirée avec Jean dans une jolie propriété de Meudon, rue des galons, et y donnait de bonnes réunions auxquelles nos enfants étaient conviés. Jean Poisson, après s'être marié jeune le 15 mars 1913 devait mourir le 13 octobre 1920 de la même maladie que son père, laissant 3 enfants en bas âge.


Au mois d’août, j'envoyai Maurice passer deux mois en Angleterre afin de se perfectionner dans la connaissance de la langue étrangère exigée pour ses examens. Il fut reçu chez M. Ogle, Pasteur protestant à Teignmouth, Bishop's Erington Vicarage. Il y passa des vacances très agréables, très nouvelles pour lui, et fit de rapides progrès dans la langue anglaise. Je dus lui envoyer son habit pour lui permettre de dîner le soir n’importe où, suivant le mode d'Angleterre. Il apprit aussi à prendre un bain à chaque changement de costume dans la journée.

Pendant ce temps, ma femme et mes filles allaient passer un mois très agréable à Virieu chez notre oncle Aimé qui nous avait gracieusement invités. Ce fut pendant leur séjour qu'eut lieu la catastrophe ci-après…

Le 3 août, Jean et Élisabeth Capdepon, nos cousins, accompagnés d'un touriste étranger, quittaient le refuge de la Bérarde, dans l'Oisans (Isère), pour faire l’ascension si dangereuse de la Barre des Ecrins. Tout se passa bien dans la montée. Mais à la descente, la chute de l'un des excursionniste entraîna les deux autres dans le couloir des Ecrins à une effroyable glissade de plus de 500 mètres. Au bas du glacier, on trouva les cadavres affreusement mutilés de Mlle. Capdepon et du touriste étranger. Quant à Jean Capdepon, quoique sérieusement blessé, il eut la force de rentrer à la Bérarde, au prix de mille souffrances, et d'aller chercher du secours pour ses malheureux compagnons.

Élisabeth était une charmante jeune fille âgée de 26 ans. Quant à Jean, alors dans sa 29ème année, il devait trouver plus tard une mort glorieuse en Alsace, comme Lieutenant de Chasseurs Alpins.

A la fin d’août, je vins chercher ma femme à Virieu pour la conduire à Béziers, chez les Robert. Nous passâmes par St. Marcellin (Isère) où villégiaturaient nos parents Hermil et Lacuire. Ma sœur Thérèse souffrait d'une grave affection cardiaque, qui la condamnait au lit. Nous restâmes trois jours avec eux. En arrivant à Béziers, le grand omnibus (déjà mentionné) des Robert nous attendait à la gare et nous conduisit à leur propriété de La Tour d'Orb.

Cette propriété, jadis inculte, enfouie dans les sables et les hautes herbes, avait été défrichée par Robert et plantée en vignes. Elle était devenue un magnifique vignoble de 60 hectares, en plein rapport, avec une grande façade sur la mer, produisant annuellement ses 4000 hectos. Robert y avait créé, en outre, à force de persévérance et malgré les déboires dus au vent marin, un beau parc invraisemblable dans ce sable.

Nous y passâmes un mois de septembre délicieux, dans l'abondance de toutes choses et entourés de mille soins. La plaie de La Tour de l'Orb, ce sont les moustiques qui ne font jamais grève. Pour pouvoir dormir, il faut garnir à demeure les fenêtres d'un treillis en fer à réseau très fin.

Le 27 septembre, nous rentrâmes à Paris par l'itinéraire Toulouse, Lourdes, Pau, Biarritz, Bordeaux. Ce fut un voyage splendide et du plus haut intérêt. Lourdes surtout, vu au milieu d'un pèlerinage breton, nous produisit un grand effet.

A Paris, en même temps que nous, arriva Maurice, complètement rasé, à la tête de veau, selon la mode anglo-saxonne. Il avait heureusement passé en juillet ses examens de 1ère année de baccalauréat en droit, et se préparait à une grosse année de travail à l’École des Sciences Politiques.

Le 2 septembre, nous avions appris une heureuse nouvelle. Mon neveu André Hermil, après deux années de préparation à l’École Polytechnique, dans le lycée de Nice dont il avait été un brillant élève littéraire, venait d'être reçu Major, à l'âge de dix-huit ans. Avant d'entrer à l’École, il allait faire son année de service au 2° Régiment d'Artillerie, à Grenoble.

Quant à Pierre Hanoteau, il quittait Bourges en octobre pour entrer à l’École Polytechnique.
Pierre Hanoteau
L'automne 1909 se passa dans le plus grand calme.